Berlinale – Film du jour : Vaterlandsverräter – Perspektiv Deutsches Kino

Vaterlandsverräter (Traître à la patrie) - Paul Gratzik

Pourquoi parler d’un film documentaire allemand qui traite d’un sujet germano-allemand à travers le portrait d’un écrivain est-allemand également informateur de la Stasi? Tout simplement car l’histoire individuelle qui se heurte à l’histoire d’un État, de sa société et de son système pervers renvoie très souvent à des échos universels. De plus, de par sa qualité narrative et l’originalité de quelques éléments filmiques comme les tableaux originaux de Leif Heanzo illustrant des scènes de passé, il y a bien des chances qu’il soit diffusé au moins sur des chaînes de télévisions francophones. 

L’Allemagne se débat quotidiennement avec ses différents passés, la période nazie qui imprègne la conscience collective comme la RDA qui empoisonne les discussions politiques, en passant pas le terrorisme d’extrême gauche en RFA qui n’en finit pas d’être intellectualisé. Dans ce contexte, ce film documentaire sur l’écrivain, poète et dramaturge Paul Gratzik est une vraie perle. La réalisatrice, Annekatrin Hendel, évite l’écueil moralisateur ou didactique. Elle avance à petit pas sur les traces de l’histoire de cet homme qu’elle côtoie depuis vingt ans, à son rythme d’homme âgé, à la cadence de ses contradictions, de ses résistances, de ses tentatives de manipulation, de ses angoisses. Petit à petit une image se forme. Non seulement de la complexité de cet homme mais aussi du système perfide dans lequel il vivait. Les choses ne sont jamais blanches et noires, cela est une évidence. Mais la palette de gris entre les deux est très étendue. En suivant Paul Gratzik au fil de sa vie, c’est un miroir des espoirs et désespoirs d l’être humain qui se dresse, des faiblesses et des lâchetés qui emprisonnent l’individu dans un cercle vicieux parfois impossible à enrayer, des peurs et des remords qui empêchent d’avancer. Annekatrin Hendel présente intelligemment ce parcours sous différents points de vue, ceux de l’entourage de l’écrivain, dont la plupart n’ont plus de contact avec lui: amis, compagne, enfants, éditrice et surtout son officier référent de la Stasi (sécurité d’État), moment très édifiant du film. La force de Vaterlandsverräter (traître à la patrie) est de prohiber tout jugement moral définitif. La rhétorique brillante de Paul Gratzik agace parfois tout comme son cabotinage intellectuel ou ses colères qui semblent contraintes, remparts aux questions auxquelles il ne veut pas répondre. Certaines révélations font bondir, écœurent, choquent. Mais ses aveux de faiblesse ou de peur, ses instants d’autocritique cynique révèlent les limites d’un homme, les failles qui le modèlent et qui peuvent le plonger dans l’impuissance et la résignation. D’ailleurs, lorsque Paul Gratzik a décidé de mettre un terme à sa collaboration avec la Stasi en 1989, il a lui-même divulgué ce secret honteux qui le rongeait et avait fini par l’empêcher de créer.

À la fin du film, plus de questions s’imposent que de réponses, moins sur la vie de Paul Gratzik que sur nos propres destins qui tiennent à tant de facteurs dont nous n’avons pas toujours conscience. La seule conclusion qui s’impose, est celle qu’un individu qui n’a pas à vivre dans un temps et/ou un lieu où il est obligé de choisir un camp, a de la chance. Un instant fort, qui frappe directement l’esprit est cette phrase que l’écrivain dit dans le film: “Les traîtres souffrent aussi”. Est-ce une sortie de poète? Est-ce un énoncé honteux? Est-ce une simple évidence?

Malik Berkati

Vaterlandsverräter; de Annekatrin Hendel; Allemagne; 2011; 97 min.

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Rédacteur en chef j:mag

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