Berlinale – Film du jour: Rundskop (Tête de bœuf) – Panorama

Rundskop - Tête de bœuf

Un film belge de Flandres plus massif encore que son titre, intriguant, d’une violence extrêmement perturbante, car à la fois physique et psychique, explosive, irrépressible, mais aussi latente, retenue, emprisonné dans les corps et les cœurs. Un malaise diffus qui ramène aux questions primaires de l’existence, comme à sa complexité extrême. C’est avec ces impressions que l’on ressort de la séance de Rundskop.
Mêlant trame policière et destin individuel tragique, ce film transcende les genres qui se croisent et se nouent au niveau de la question des hormones, celles des bœufs comme celles des hommes. L’hormone dans la viande est le réflecteur de toutes les substances hormonales que Jacky s’injecte quotidiennement, pour une raison qui se clarifie lentement et par couches de brutalités présentes et passées au fil du déroulé de l’histoire.

Viscérale. La performance de Matthias Schoenaerts qui internalise toute la douleur et la violence du monde est hors normes. Complexe. L’histoire comme les personnages qui se débattent dans un monde où le temps et la campagne ne sont pas seuls à être gris.
Histoires imbriquées avec plusieurs nœuds de connexions. Pas évident au début pour le spectateur de s’y retrouver, mais petit à petit cette multiplicité narrative perd de l’importance, la trame policière s’estompant et laissant plus d’espace à l’histoire personnelle de Jacky. Histoire dérangeante, effrayante et de plus en plus douloureuse à mesure que la souffrance fait surface, qu’elle essaie de s’extirper de son corps de taureau, qu’il se désagrège sous nos yeux. Elle touche le spectateur comme un coup de poing au ventre et lui devient également quasiment insupportable. Fascinante lutte du protagoniste avec lui-même, fascinante performance de l’acteur. Tension sombre. Violence parfois insupportable à regarder, elle n’est pourtant jamais gratuite. Même s’il est difficile de dire que la violence à un sens, du moins ici, elle suit la logique implacable d’un parcours de vie. Film avec une esthétique aussi puissante que l’impouvoir des protagonistes et, puisque c’est un film belge, qui ne déroge pas à la réputation d’humour caustique et singulier que produit l’industrie cinématographique de ce pays.
Cette tragédie a pour cadre Limburg et se déroule dans le monde des éleveurs de bovins, des vétérinaires et de la mafia locale. Monde de mâles, d’animaux, de viande, d’impuissance. Jacky se cogne contre les parois de sa vie et, emprisonné à jamais, il ne peut que tenter de les faire voler en éclats, comme un taureau foncerait dans la foule des rues étriquées où sa vie et sa mort seraient donnés en spectacle.

Malik Berkati

Rundskop ; de Michael R. Roskam ; avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy, Barbara Sarafian, Frank Lammers, Tibo Vandenborre, Sam Louwyck ; Belgique ; 2011; 129 min.

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