Berlinale – Film du jour: De Engel van Doel (An Angel in Doel) – Forum

De Engel van Doel (An Angel in Doel)

On reste en Flandres aujourd´hui (voir Rundskop http://j-mag.ch/?p=104 ), mais à travers un film documentaire poignant avec pour protagonistes un village –Doel près d’Anvers, voué à la démolition, et les derniers habitants qui se refusent à le quitter.

Le réalisateur Tom Fassaert s’attache à deux habitants emblématiques de Doel : Emilienne, veuve, qui vit avec ses chats et ses plantes, est le personnage central du film, sa maison le lieu où tous ceux qui demeurent dans le village se retrouvent et discutent. Le second est le prêtre qui, malgré la maladie qui l’affaiblit et le nombre de paroissiens réduit à peau de chagrin, continue de célébrer une messe hebdomadaire et rendre visite à ses paroissiens quotidiennement.
L’intensité des images en noir et blanc, la puissance esthétique donne à cette bourgade un air de ville fantôme hantée par des êtres figés dans le temps de leurs souvenirs, pétrifiés dans les lieux dans lesquels ils sont entreposés. La lente mais inexorable agonie de ce village, filmée avec beaucoup de délicatesse, sans impressions d’intrusion, est saisissante : à franchement parler, l’atmosphère du lieu n’inspire pas l’envie d’y rester, encore moins de s’y installer. Pourtant, on ne peut s’empêcher de vouloir que ce vestige du passé reste en place et que ses derniers habitants puissent y finir tranquillement leurs jours. Car Emilienne et ses voisins sont des rebelles de la politique du progrès économique déshumanisé qui enterre le passé stérile en termes de développement et de capital. Cette résistance, dont par bouffées il nous arrive d’aspirer mais à laquelle de moins en moins d’individus n’osent se livrer, s’incarne dans ces habitants et surtout cette vieille dame, têtue, bougonne mais terriblement attachante. Avec son amie Collette, ces deux femmes offrent des moments savoureux de dialogues parfois surréalistes dans lesquels se cachent les vérités les plus simples et évidentes. Leurs disputes sont magnifiques, l’émotion et la pudeur qui se dégagent de leurs échanges met en lumière les non-dits et les souffrances qui se cachent dans ces vies qui se délitent peu à peu mais refusent d’être déracinées. Elles incarnent également deux attitudes face à l’inexorable : l’obstination farouche d’Emilienne qui ne cédera qu’à la force ou à la mort, et le réalisme fataliste de Collette qui finit par abandonner et quitter sa maison.
La lutte perdue d’avance, dérisoire à l’échelle d’une logique territoriale et économique est primordiale à l’échelle humaine. C’est certainement cette intuition qui traverse l’écran et serre le cœur lorsque les rues se vides, les maisons s’éventrent, s’écroulent et disparaissent sous les coups de boutoir des boules de démolition.

Emilienne, le dernier ange de Doel. Mais aussi une icône anonyme de la culture de la protestation.

Malik Berkati

De Engel van Doel (An Angel in Doel) ; de Tom Fassaert ; Hollande, Berlgique; 2011, 77 min.

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