Promised Land et ses promesses non tenues en compétion de la Berlinale

Film très attendu dans la compétition de cette année, le film écrit, joué et produit par Matt Damon et John Krasinski, réalisé par Gus Van Sant ne tient malheureusement pas toutes ses promesses. Drame social sur fond de préoccupation écologique, un casting de rêve avec en sus des pré-cités, Frances McDormand, Rosemarie DeWitt, Hal Holbrook, un réalisateur culte du cinéma indépendant (Drugstore Cowboy, My Own Private Idaho, Even Cowgirls Get the Blues, …) qui réussit également à Hollywood (Good Will Hunting, Harvey Milk, …) ce film avait pourtant tout pour crever l’écran.

Identité étasunienne

L’histoire semble a priori être centrée sur la course aux forages de gaz de schiste dans les États agricoles, pauvres et touchés de plein fouet par la crise, ainsi que des méthodes des compagnies exploitantes pour faire signer les contrats aux propriétaires de terrains aux abois, malgré la multiplication des preuves du danger que la fracturation fait encourir à l’environnement, et indirectement aux ressources vitales des propriétaires. Mais comme l’explique Matt Damon, ce thème n’est pas le sujet central du film, « c’est la trame parfaite qui permet d’explorer le sujet réel : l’identité américaine, où nous en sommes maintenant avec cette identité, comment prenons-nous les grandes décisions. La question que nous posons avec ce film est : que nous arrive-t-il ? Pourquoi ne nous sentons-nous pas concernés par ce qui nous arrive et pour ceux qui viendront après nous ? »

Il est vrai que pendant les trois premiers quarts du film, le drame social ainsi que la lutte écologique sont très bien dépeints, les protagonistes, tous pour des raisons différentes, portent leurs contradictions, leurs luttes intérieures entre faire ce qui est juste et faire ce qui est bien pour soi, ou pour les siens, ou pour sa communauté dans leurs gestes, attitudes et regards. Le mal est loin, dans le quartier général de l’entreprise situé à New York, mais dans la petite ville de Pennsylvanie, il y a surtout des petits arrangements avec sa conscience pour survivre dans un monde qui se paupérise et dont l’avenir est incertain. À cet égard, le rôle de Frances McDormand, Sue, collègue de Steve Butler (Matt Damon), tous deux représentants de la compagnie Global est le plus abouti et cohérant : du début jusqu’à la fin, son malaise est perceptible mais, avec déterminisme, elle décide de faire des compromis avec la réalité et son for intérieur, elle tente de se justifier – et de convaincre les gens du pays, principalement les mères de famille – en se réfugiant derrière la nécessité de donner la chance à son fils, et par la même aux enfants des familles d’agriculteurs sans réel avenir, de faire des études pour bien démarrer dans la vie.

Promised Land © Scott Green

Promised Land © Scott Green

Le quart du gâchis

Hélas, le dernier quart du film se transforme en ratatouille cinématographique étasunienne classique. Totalement inutile, une histoire d’amour à l’eau de rose, des revirements qui nous ramènent au manichéisme moral des films pour le grand public des multiplexes. D’ailleurs Gus Van Sant, peu disert après la projection du film, a mollement tenté d’expliquer que Steve Butler était « le mélange parfait du héros et du non-héros ». Dommage, il aurait dû rester le non-héros, le brave gars qui tente de trouver son chemin dans un monde aussi déboussolé que lui. Hélas, hélas, trois fois hélas, si le but de ce dernier quart avait pour but de plaire au public étasunien, l’exercice est raté, comme le dit Matt Damon lui-même, « le film n’a pas eu de succès aux États-Unis. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne regrette pas de l’avoir fait. Parfois les gens ont besoin de temps pour se rendre compte de ce qu’il leur arrive. »

Malik Berkati, Berlin

Promised Land, de Gus Van Sant, avec Matt Damon, John Krasinski, Frances McDormand, Rosemarie DeWitt, Hal Holbrook, Scott McNairy,Titus Welliver, USA, 106 min.

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