“Même dans l’endroit le plus froid de la terre, le pardon peut vous apporter la chaleur”

La réalisatrice Claudia Llosa,  nièce de l’écrivain Mario Vargas Llosa et du cinéaste Luis Llosa, revient en compétition cette année dans un festival qui l’aime beaucoup: elle avait remporté l’Ours d’or en 2009 avec La teta asustada (The Milk of Sorrow), long-métrage minimaliste mais tout en finesse et sans concessions sur l’âpreté de la vie des laissés pour compte de la société péruvienne. Film un peu suisse puisqu’il était soutenu par le Fonds suisse d’aide à la production.

Aloft

Pour ce nouveau long-métrage, la jeune réalisatrice a eu plus de moyens et cela se voit à l’écran. Malheureusement serait-on tenté de dire. Elle filme admirablement les paysages canadiens et la région polaire où se déroule l’action, avec une très belle photographie de Nicolas Bolduc. L’histoire n’est pas inintéressante, cependant elle peine à toucher le spectateur, le laisse un peu froid devant tant d’étendues de neige et de glace balayées par le vent du désespoir des protagonistes. Noir Désir avec Le vent nous portera s’invite même dans la bande-son. Un peu too much de didactisme narratif. Et c’est à se demander si Claudia Llosa ne se laisse pas elle aussi emporter par son très bon casting international, par les lieux à la beauté à couper le souffle, au détriment de son histoire qui trouve difficilement son chemin et sa finalité.

Cilian Murphy - Aloft - © Allen Fraser / Cry Fly Manitoba Inc.

Cilian Murphy – Aloft – © Allen Fraser / Cry Fly Manitoba Inc.

Ce film raconte l’histoire d’une mère qui lutte avec le dernier désespoir pour sauver son fils d’une maladie. Son fils aîné se sent délaissé. Après un accident ils sont séparés. Vingt ans après, une journaliste vient trouver Ivan pour qu’il l’accompagne afin de rencontrer sa mère devenue artiste et guérisseuse célèbre. La rencontre devra se fera sur le bord tranchant de la terre recouverte de glace. La guérison passe par cette traversée vers le dépouillement de la terre le plus total. La métaphore est un peu éculée. L’art comme idée de canaliser les émotions, les sentiments, est effleuré mais se heurte – et en devient prisonnier – à l’ésotérisme qui se dégage des pouvoirs de guérison dont on ne sait jamais s’ils sont réels ou non. Peut-être parce que la guérison est à chercher d’abord au fin fond de soi-même et, comme le dit avec insistance Claudia Llosa, passe avant tout par le pardon: “Nous vivons dans un monde plein d’incroyance, plus personne ne fait plus confiance à personne. C’est cela le propos, pouvoir pardonner aussi. L’idée que le pardon est un processus difficile et que c’est un miracle lorsqu’il arrive”. La réalisatrice a raison, mais elle enfonce un peu des portes ouvertes… et celles du cinéma se sont plus qu’à leur tour poussées sur ce sujet: pardonner aux autres, plus difficile encore, se pardonner à soi-même.

Un élément fort que l’histoire et la mise en scène parvient très bien à faire passer est un élément dérangeant, qui met mal à l’aise et rappelle  Man on the Moon de Miloš Forman avec Jim Carrey dans le rôle d’Andy Kaufman, l’illusionniste qui se fait tromper par un charlatan philippin censé pouvoir le guérir de son cancer. Dans Aloft il n’est pas question d’arnaque, mais des mêmes gens désespérés, prêts à croire, rejoindre et/ou suivre jusqu’au bout de la terre une personne pouvant peut-être les sauver.

Aloft; de Claudia Llosa; avec Jennifer Connelly, Cillian Murphy, Mélanie Laurent, William Shimell; Canada, Espagne; 2013; 112 min.

Malik Berkati, Berlin

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