ALFILM: le 6e Festival du film arabe à Berlin

Tout comme pour la 10e édition du FIFOG (Festival International du Film Oriental de Genève) qui s’est déroulé en mars, le festival du film arabe de Berlin présente une sélection qui redonne un peu de couleurs au cinéma arabe très pâlot depuis quelques années, en manque de fers de lance, de renouvellement tant sur le plan des individus que sur le plan créatif. Comme dans toutes les parties du monde, le financement est bien entendu un problème crucial. Mais il n’est en aucun cas rédhibitoire comme nous le disait en 2014 lors de la Berlinale Christo V. Konstantakopoulos, producteur du film grec Stratos de Yannis Economides, « Il y a bien sûr moins de moyens que par le passé. (…) Mais la crise a également apporté de bonnes choses à la branche : les gens de cinéma sont devenus plus créatifs, de nouvelles idées sont apparues, de nouvelles histoires à raconter aussi. (…) Dans ce sens, la crise est positive. Oui, en fait c’est une très bonne époque pour le cinéma grec. » L’explication est certainement plus à chercher vers la déliquescence culturelle qui ronge les pays arabes depuis quelques décennies, décomposition qui suit les soubresauts des sociétés et États arabes au rythme de l’expansion d’une néo-culture wahhabite sur une oumma fantasmagorique. Les révoltes arabes – aussi différentes soient-elles: en cours, neutralisée, feutrée, en voie d’aboutissement, implosée – ont, semble-t-il, redonné un peu de vigueur aux artistes arabes et aux cinéastes. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les sélections de Genève et de Berlin aient fait la part belle aux films Égyptiens et Tunisiens, deux pays à la tradition cinématographique forte.

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Le 6e Arabische Filmfestival Berlin – ALFILM aura lieu cette année du 8 au 15 avril dans les cinémas Arsenal et Babylon (Mitte).
http://www.alfilm.de

La programmation du festival promet un voyage cinématographique allant du Maroc à l’Irak, à travers un large spectres de genres et de sujets traités: de la comédie (Excuse my French) aux drames (Décor, Goodbye Morocco) en passant par les films documentaires reflétant les problèmes politiques actuels (Silvered Water – Syria Self-Portrait, Haunted), des sujets de société (The River, Scheherazade´s Diary), mais également des portraits familiaux (The Mulberry House, Home Sweet Home). En outre, deux séries de courts-métrages viennent compléter le programme avec de jeunes réalisateurs de neuf pays arabes qui s’approprient toutes les facettes de l’art cinématographique, allant de la narration lyrique à celle de l’essai, utilisant tout le spectre de ses codes – de ceux du documentaire à ceux du cinéma expérimental.
Un festival ne serait pas un festival d’envergure s’il n’y avait pas une section Rétrospective. ALFILM dédie cette section à la grande actrice égyptienne Youssra qui a joué entre autre dans la trilogie autobiographique (La Mémoire, Alexandrie encore et toujours, Alexandrie… New York) de Youssef Chahine, et L’immeuble Yacoubian de Marwan Hamed. Sept films de l’actrice sont présentés, dont les deux premiers volets de la trilogie de Chahine, permettant d’apercevoir les heures de gloire du cinéma égyptien.

Youssra by Brigitte Lacombre ©

Youssra by Brigitte Lacombre ©

Le festival accueille également des acteurs-trices et réalisateurs-trices qui viennent présenter leurs films et discuter avec le public berlinois friand de ces rencontres qui se terminent très souvent de manière informelle dans le foyer du cinéma. Parmi les invités, le réalisateur égyptien Ahmad Abdalla en compagnie de l’acteur très populaire en Égypte Khaled Abol Naga pour leur film qui fait l’ouverture du festival: Décor.  Seront également présents durant cette semaine Simav Bedirxan (Silvered Water), Neijib Belkadhi (Bastardo), Sara Ishaq (The Mulberry House) et bien évidemment Youssra.
Le festival organise également deux discussions: une discussion avec Youssra et Discussion With Sara Ishaq, le samedi 11 avril, respectivement à 14h30 et à 17h30 au cinéma Babylon (Mitte).

À ceci s’ajoute une exposition au titre étrange, tiré d’un poème de l’écrivain étasunien Wallace Stevens : Pippero, pippera, pipperum… The rest is rot… qui a pour ambition de thématiser ” la pratique artistique dans un contexte de crise à travers l’art de la vidéo et de films expérimentaux” explique la curatrice de l’exposition Amanda Abi Khalil. “Il est extrêmement important de donner une voix aux artistes arabes afin qu’il puisse présenter leur vision personnelle du monde par l’art et la production d’images qui permettent en écho de construire un nouveau sens.”
L’exposition est à voir du 11 au 15 avril Kunstraum Meinblau – Berliner Pfefferberg.

Malik Berkati, Berlin

© j:mag Tous droits réservés

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Rédacteur en chef j:mag

2 comments

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