Berlinale 2016 – Compétition jour #8: Hele sa hiwagang hapis/ A Lullaby to the Sorrowful Mystery

Hele sa hiwagang hapis/ A Lullaby to the Sorrowful Mystery

Bon, on va commencer par être honnête et donc utiliser – comme parfois il est nécessaire, même si les puristes crieront à la rupture de la sacro-sainte règle de l’impersonnel censé représenter l’objectivité du rédacteur – la première personne du singulier : JE n’ai pas assisté aux 482 minutes de projection de ce film philippin, seul en lice – et pour cause ! – en ce 8e jour de compétition. Mais j’avais une bonne excuse : deux interviews à réaliser et excuse encore meilleure, pas de n’importe qui – Dominik Moll pour le film hors compétition Des nouvelles de la planète Mars et surtout celle de Thomas Vinterberg en compétition avec Kollektivet (The Commune). Mais j’ai assisté aux 5 premières heures et à la dernière. Donc une fois n’est pas coutume, je vais parler d’un film que je n’ai pas vu en entier. Mais sans révéler un grand secret, peu de gens ont vu le film dans son entité, pour une raison pratique ou pour une autre…

Preuve que je suis bien rentré à nouveau dans le Berlinale Palast avec ce bracelet de réadmission. © Malik Berkati

Preuve que je suis bien rentré à nouveau dans le Berlinale Palast avec ce bracelet de réadmission.
© Malik Berkati

Lav Diaz est un habitué des festivals, a souvent gagné des prix, le dernier étant le Léopard d’or à Locarno en 2014 pour Mula sa kung ano ang noon (From What Is Before) qui ne durait que 5h30. Je dis « ne » car si tous ses films sont longs, Evolution of a Filipino Family (du coup l’extrait en lien dure 20 minutes… il faut garder les proportions !) durait 11 heures… Mais le maître du long-métrage philippin nous (car nous ne parlons tous que de ça !) remet en place: « Nous [Bela Tarr, Andrei Tarkovsky, etc., N.d.A] sommes labellisés “slow cinema”, mais c’est juste du cinéma. Le cinéma comme la poésie, la musique, la littérature, est libre ! Vous ne devriez pas systématiquement mettre l’accent sur la longueur de mes films. C’est juste du cinéma. »

La trame de l’histoire est est inversement proportionnelle à la longueur du récit : Nous sommes au Philippines, pendant la révolution de 1896-97 contre l’Espagne. Le fil narratif entremêlant plusieurs histoires dans le récit suit la recherche désespérée du corps d’Andrés Bonifacio y de Castro, l’un des chefs de la révolution, par sa veuve. Plus elle va s’enfoncer dans la jungle et les montagnes, plus elle s’embourbe, avec ceux qui l’accompagnent, dans les ronces épaisses de sa propre responsabilité et culpabilité.

La berceuse dont il est fait référence dans le titre du film et qui accompagne notre voyage en compagnie des protagonistes est devenu l’hymne de la révolution : Jocelynang Baliwag (officiellement : Musica del Legitimo Kundiman Procedente del Campo Insurecto). À cet égard, la réaction d’une collègue mexicaine est très intéressante : elle a exprimé au réalisateur toute son émotion à avoir vu ce film car cette chanson, elle-même l’a entendue toute son enfance. Elle s’est également parfaitement retrouvée dans cette histoire devant faire face aux colons espagnols comme les Mexicains l’ont fait. Tout à son étonnement elle a ajouté que même les figures mythologiques (tikbalang) que Lav Diaz utilise dans son film ont un équivalent au Mexique.

Pour Lav Diaz, « le cinéma est noir et blanc. J’ai certes parfois utilisé la couleur pour certaines de mes œuvres, mais je considère toujours le cinéma comme noir et blanc. J’ai grandi avec les films des débuts du cinéma, pour moi cela était un monde alternatif à celui dans lequel je me trouvais dans ma jeunesse. Pour moi, cela reste un lieu alternatif et j’y trouve de grands discours sur l’histoire dans les tons gris noirs et blancs. C’est une fixation. Dans ce dernier film, au-delà du discours sur l’histoire, je rends à nouveau hommage au vieux cinéma que je connaissais, c’est une sorte d’amalgame de comics chiaroscuro philippins, de la lumière contrastée du film noir et de nuances issue de l’expressionnisme allemand. »

Piolo Pascual, Bart Guingona - Hele Sa Hiwagang Hapis | A Lullaby to the Sorrowful Mystery © Bradley Liew

Piolo Pascual, Bart Guingona – Hele Sa Hiwagang Hapis | A Lullaby to the Sorrowful Mystery
© Bradley Liew

De Lav Diaz ; avec Piolo Pascual, John Lloyd Cruz, Hazel Orencio, Alessandra De Rossi, Joel Saracho, Susan Africa, Bernardo Bernardo, Cherie Gil, Angel Aquino, Sid Lucero, Ely Buendia, Ronnie Lazaro ; Philippines/Singapour ; 2016 ; 482 min.

Malik Berkati, Berlin                                      

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