Admira et Bosco – les Juliette et Roméo de Sarajavo

Par Djenana Mujadzic

Admira Ismic et Bosko Brckic, 25 ans, morts sur le pont Vrbana de Sarajevo, le mercredi 19 mai 1993. Mark H. Milstein/ Northfoto Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License

Admira Ismic et Bosko Brckic, 25 ans, morts sur le pont Vrbana de Sarajevo, le mercredi 19 mai 1993.
Mark H. Milstein/ Northfoto
Creative Commons Attribution-ShareAlike 3.0 License

L’histoire de leur amour et de leur terrible mort a ému le monde entier. Les Roméo et Juliette de Sarajevo assassinés par des tireurs embusqués il y a vingt-trois ans sur le pont Vrbanja en essayant de sortir de la ville assiégé ont été le sujet de plusieurs livres, films documentaires et fictions. Admira Ismic était Bosniaque, Bosko Brkic était Serbe. Tous les deux nés en 1968 dans la capitale bosnienne, ils se sont connus durant les Jeux olympiques d’hiver de 1984. Depuis ils ne se sont plus quittés. D’abord lycéens puis étudiants, ils pensaient un jour entrer dans leur vie d’adultes ensemble, trouver du travail, fonder une famille et avoir des enfants. La guerre fratricide des années 90 du vingtième siècle a interrompu et profondément affecté leurs projets. Il fallait survivre dans Sarajevo assiégé. Pour ne pas heurter les moralistes, les deux amoureux ne vivaient pas ensemble. Bosko traversait chaque jour  toute la ville pour voir Admira qui habitait dans la “Sniper Alley” ! Un an après l’instauration du siège de la ville ils ont décidé de partir. A la fin de mois de mai 1993 vers 17 heures, le couple traverse le pont Vrbanja et la ligne de démarcation. Bosko tombe en premier, tué par une balle en plein cœur. Mortellement blessé, Admira réussi à ramper jusqu’à lui et à l’enlacer avant de rendre l’âme, quelques instants après lui. Leurs corps sans vie ont été récupérés par l’armée serbe sept jours plus tard et enterrés au cimetière de Lukavica, un quartier occupé à la périphérie de la ville. La Famille d’Amira a transféré ses restes au cimetière Lav de Sarajevo en 1996. Admira et Bosko reposent ensemble pour l”éternité. Le journaliste de Reuters Kurt Schork qui a montré premier au monde l’image de leurs cadavres enlacés et décrit l’événement fut tué à Sierra Léone en 2000. Selon son souhait il a été enterré à côté du couple, dont l’histoire le fascinait.

Une histoire tragique qui inspire les artistes

Plus de deux décennies plus tard, toujours aucune enquête sur leurs tueurs n’a été ordonné par autorités. Sur le pont de Vrbanja, il n’y a aucune plaque, mais des habitants déposent régulièrement des fleurs au milieu de la grande construction. Bill Madden a composé une chanson intitulée Bosko and Admira, Salvatore Adamo interprète toujours la balade consacré au couple en 1995 sous le titre De l’autre côté du pont, et  les musiciens du groupe rock de Sarajevo The No Smoking Orchestra ont enregistré une chanson très populaire Bosko i Admira. Le maire de Sarajevo, Ivo Komsic appele actuellement les citoyens de la planète à l’aider à rassembler des fonds pour le monument qui leur sera érigé. “Nous avons vu à Sarajevo des morts si différentes : celles des jeunes, d’adultes ou des vieux mais la leur est doté d’un lyrisme extraordinaire!”,  a-t-il déclaré récemment à la chaîne de télévision bosnienne TV1.
Frédéric Tonolli et Arnaud Hamelin ont tourné un documentaire de 52 minutes intitulé Sarajevo mon amour racontant histoire du couple par des témoignages de proches et d’amis, principalement ceux des parents d’Admira et de sa sœur cadette Améla, ainsi que le récit de Radmila et Bané, mère et frère aîné de Bosko, partis vivre dans la ville serbe de Krusevac après la mort du père. Les deux familles sont toujours liés et se fréquentent assidûment. La journaliste zagréboise Tina Jelin- Dizdar a aussi fait un documentaire sur Admira et Bosko. Le réalisateur suisse installé à Hollywood,  Claudio Faeh termine une coproduction suisse avec la Bosnie, la France et l’Allemagne intitulée Leaving Sarajevo. Ce thriller de 100 minutes sortira au début de l’année prochaine. Branko Stevanovic, cinéaste belgradois a intitulé son film sur les deux jeunes sarajeviens La Quadrature du cercle.  Le sujet a également intéressé le réalisateur parisien, professeur à la Sorbonne Marcel Hanoun qui a réalisé une fiction  de 22 minutes sous le titre Les Amants de Sarajevo, en 1993.  John Zavitsky et Virginia Storring ont tourné quant à eux un documentaire – Romeo and Juliet in Sarajevo, une coproduction entre le Canada et l’Allemagne et la réalisatrice japonaise Shunsuke Morita a élaboré un téléfilm de fiction de même titre.

Djenana Mujadzic

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