Berlinale 2017 – Forum : Loving Pia (At Elske Pia)

La section Forum de la Berlinale, qui présente toute la diversité du champ cinématographique qu’il soit technique ou narratif, est celle où il y a le plus de chance de faire des découvertes où parfois de vraies pépites cinématographiques se nichent. Et cet objet étrange qu’est Loving Pia est parmi ces pépite un magnifique joyau !

Pia Skovgaard - Loving Pia © Daniel Borgmann

Pia Skovgaard – Loving Pia
© Daniel Borgmann

Objet étrange car même les critiques les plus avertis sont sortis de la projection avec cette petite interrogation à laquelle aucun d’entre nous n’a osé répondre catégoriquement : est-ce un documentaire ou un film de fiction ? Disons un peu des deux.
Le début du film a définitivement un caractère documentaire lorsque l’on découvre le personnage principal, Pia, une femme d’une soixantaine d’année ayant une déficience intellectuelle, dans son environnement – une ferme sur l’île danoise de Langeland, en compagnie de sa mère de plus de huitante ans. Petit à petit, on s’installe dans le quotidien de Pia et son rêve de rencontrer  un homme qui prenne soin d’elle. Devant son ordinateur, elle avoue son béguin pour José Bové avec lequel elle se verrait bien préparer du jus de sureau et faire de la pizza. Pia a sa routine, elle donne à manger à son oie, elle fait de la gymnastique, des promenades, essaie de lire à haute voix, se rend dans un centre spécialisé en ville… Sur le chemin de ce centre, elle passe par le port et fait la connaissance de Jens qui y a un petit bateau. C’est ici que le documentaire commence lentement et avec beaucoup de finesse à glisser vers la fiction.

Pia Skovgaard, Jens Jensen - Loving Pia © Daniel Borgmann

Pia Skovgaard, Jens Jensen – Loving Pia
© Daniel Borgmann

Cette œuvre est exceptionnelle, tout d’abord par la présence magnétique de Pia – cette femme est de manière inconditionnelle aimable, pour reprendre le titre du film. Puis la délicatesse de la caméra qui la suit, l’explore au plus près sans jamais contraindre ni Pia et sa mère, ni le spectateur. Et bien sûr cette idée parfaitement retranscrite cinématographiquement d’approfondir le réel par la fiction.
Bien sûr un film danois reste un film danois (même si Daniel Borgmann est originaire de Nouvelle-Zélande) : il y a toujours beaucoup d’humour, une poésie de la caméra… mais la « vraie » vie reste toujours présente et parler de la mort ou des malheurs comme le font les Danois est toujours quelque chose de très naturel qui n’est pas donné à toutes les cultures !

Pia Skovgaard, Céline Skovgaard - Loving Pia © Daniel Borgmann

Pia Skovgaard, Céline Skovgaard – Loving Pia
© Daniel Borgmann

Cette pérégrination avec Pia nous parle et nous interpelle car peu importe qu’elle ne corresponde pas tout à fait aux standards de la norme, Pia est comme tout le monde, elle craint la solitude tout comme les autres protagonistes, comme tout un chacun de nous… La solitude, voilà le réel handicap de société qui est mis en évidence par cette histoire où les questions de philosophie de vie telle que « à la fin, pourra-t-on dire qu’on a progressé ou non dans notre vie ? » surgissent mine de rien, au détour d’un échange entre la mère et la fille ou dans le murmure d’un commentaire fait à haute voix.

De Daniel Joseph Borgmann ; avec Pia Skovgaard, Céline Skovgaard, Jens Jensen, Putte Jensen ; Danemark ; 2017 ; 100 minutes.

Malik Berkati

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