Le documentaire sur le parti néonazi grec Aube dorée à voir enfin en Suisse !

Après une année de tournée en Grèce, France, Allemagne et Espagne, Angélique Kourounis va enfin pouvoir présenter son documentaire absolument édifiant sur le parti néonazi grec Aube dorée. Bien que le film soit passé dans de nombreux festivals (Thessalonique,  Lyon, Marseille, festivals grecs de Londres et Berlin [nous en avons parlé ici], etc.) et reçu des prix, il est regrettable – et difficilement compréhensible – qu’aucun des nombreux festivals de Suisse ne l’ait programmé. Pour l’instant, il n’y a que quatre dates de prévues, mais le film circule très bien dans les réseaux associatifs. Pour connaître les conditions de diffusion : https://goldendawnapersonalaffair.com . De plus, le film est mis à disposition des écoles gratuitement, il serait dommage de s’en priver.

Projections :
Genève 5 avril  17H30  Spoutnik Cinéma  version française  suivit d’un débat  avec Angélique Kourounis et Thomas Iacobi
Zurich  6 avril Rote Fabrik 19H version allemande suivi d’un débat avec Angélique Kourounis et Thomas Iacobi
Genève  7 avril  20H00 Maison des associations salle Gandhi  – avec l’association de soutien au peuple grec –Genève. Suivi d’un débat avec Angélique Kourounis et Thomas Iacobi.
Lausanne 9 avril 20H (HALL) Zinema  suivi  d’un débat avec Angélique Kourounis et Thomas Iacobi.

Nous reproduisons ci-dessous l’article – légèrement augmenté pour j :mag – que nous avions fait en collaboration avec Gauchebdo en janvier dernier.

Aube dorée : une affaire personnelle

Angélique Kourounis enquête depuis des années sur l’organisation du parti grec Aube dorée – 3è force politique du pays – qui véhicule une idéologie néonazie soutenue par une structure paramilitaire et la culture de la violence. La réalisatrice explore le sujet à la 1ère personne, mue par son propre parcours, d’où le sous-titre, une affaire personnelle. Mais à la fin du générique, une chose apparaît clairement au spectateur: cette affaire personnelle est l’affaire de tous…
Entretien.

Angélique Kourounis au Hellas Filmbox Berlin le 18 janvier 2017
© Malik Berkati

Quelle a été votre intuition vous amenant à penser que ce parti ne resterait pas marginal ?

Je n’ai absolument pas eu d’intuition, simplement quand je suis arrivé en Grèce il y a 28 ans, j’ai été scotchée par ce que je voyais dans les kiosques à journaux avec des publications d’un racisme, d’un sexisme, d’un antisémitisme, d’une vulgarité absolument inimaginables. J’avais interviewé le responsable d’un de ces journaux qui m’avait expliqué que cela était acceptable au nom de la liberté de la presse. Aube dorée était proche de ce journal, c’est comme cela que je les approchés. Mais à l’époque c’était 0,1% de voix, jamais je n’aurais imaginé qu’ils deviennent la 3è force du pays !

Quels sont les racines de ce parti, est-il un turion historique de la politique grecque ?

L’antisémitisme en Grèce est quelque chose de très compliqué. Pendant la Deuxième Guerre mondiale,  Il y avait d’un côté un antisémitisme clair avec d’autre part des actions héroïques de la part d’individus mais aussi d’institutions pour essayer de protéger les Juifs grecs.  Il y a un antisémitisme moins évident qui se cache dans le sentiment anti-israélien, je ne dis pas pro-palestinien mais anti-israélien ce qui n’est pas pareil, au sein de la gauche. La plupart des Grecs ont une conscience historique pour eux qui dit « on est venu en aide aux populations » mais ce qu’ils oublient de dire, c’est qu’on a eu nos « chemises noires », nos collabos et Aube dorée est de cette lignée.

Aube dorée: Une affaire personnelle – d’Angélique Kourounis

L’explication la plus commune pour définir le succès de ce parti se rapporte à la crise…

Je pense que c’est une erreur de dire que la crise explique à elle seule Aube dorée. La meilleure preuve est qu’il y a des gens extrêmement aisés, qui n’ont pas perdu leur travail mais pensent que seul le parti Aube dorée peut sauver le pays – « les autres partis sont terminés » comme le dit une avocate militante dans le film. Cela veut dire qu’elle a essayé d’aller dans les autres partis. Je pense qu’Aube dorée bénéficie non pas tant de la crise que du profond dégoût d’une grande majorité de Grecs de leur classe politique.
Quand Nikólaos Michaloliákos (dirigeant du parti, N.D.R.)fait le salut nazi, il dit « ces mains ont peut-être fait le salut, mais ces mains sont propres, elles n’ont pas volé, elles n’ont pas été dans le pot de confiture » – c’est un discours qui parle directement aux Grecs et pas seulement à ceux qui votent pour Aube dorée. Le politologue qui intervient dans le film explique bien que les autres partis se sont écroulés et cela ouvre la voie à Aube dorée. Dans un pays où le vote est obligatoire, 41% des Grecs ne vont pas voter. Et aux prochaines élections, je pense que cela sera le même pourcentage sinon plus car les Grecs n’ont plus confiance dans leur classe politique. Sans compter qu’ils sont désabusés, quel que soit le parti pour lequel ils votent, la politique économique reste la même ou dans la même tendance. Ils ne vont donc pas voter ou votent pour ce qui n’a pas encore été essayé. Dans ce qui n’a pas été essayé il y a Aube dorée, la gauche extra-parlementaire et le parti communiste mais pour ce dernier,  ce n’est jamais le bon moment pour être au pouvoir,  pour faire la révolution ou une coalition.
Je vois aussi une autre explication par rapport à l’éducation en Grèce qui est assez nationaliste et n’informe pas assez sur ce qui s’est passé pendant Deuxième Guerre mondiale et en aucun cas sur la collaboration d’une partie de la population avec les Allemands. Bien évidemment la guerre civile n’a jamais eu lieu, on ne l’apprend pas, les jeunes savent qu’il y a des camps mais il n’y a pas d’information en profondeur sur cette période comme ailleurs en Europe. J’ai trois enfants et j’ai été sidérée de constater que les problèmes de l’histoire mondiale ne sont  abordés qu’en dernière année ; c’est-à-dire que vous faites la révolution russe, la française, la Première et Deuxième guerre mondiale et  les guerres balkaniques, tout cela en une année – et la Shoah c’est un paragraphe !

D’après vous, est-ce que ce parti s’est implanté durablement dans le paysage politique grec ?

J’inverse le problème: pourquoi des gens comme Madame Stella (une Athénienne paupérisée par la crise, NDR) préfèrent aller à la distribution de nourriture des néonazis plutôt qu’à celles des différentes structures de solidarité de la gauche?  Voilà la vraie question. Quand on aura répondu à cette question, on pourra mettre en place une stratégie pour faire face à Aube dorée. Je ne sais pas s’ils sont là pour durer mais ce qui semble clair, c’est que nous sommes dans une dynamique historique en faveur de l’extrême-droite en Europe. Tout ce qui était de l’ordre de l’exception est devenu la normalité. On ne peut faire qu’un constat: la gauche est morcelée comme elle ne l’a jamais été, la droite est aussi divisée mais l’extrême-droite est unie et lorsque les gens se demandent s’ils vont aller voter aux prochaines élections dans leurs pays respectifs, et bien ceux de l’extrême-droite, à 10 heures du matin, ont tous voté !

Les médias font-ils leur travail face à Aube dorée ?

Les médias en Grèce ne sont pas, pour la majorité d’entre eux, un 4è pouvoir. Je vous renvoie à cet égard à mon article pour le journal Le Monde,  J’ai mal à la Grèce (disponible sur Internet, NDR). Les principaux médias se sont parfaitement accommodés de la situation et portent une grande responsabilité: on savait que des gens se faisaient castagner, avaient frôlé la mort, qu’il y avait des rues où les gens de couleur ne pouvaient pas marcher, mais à cette époque-là, la majorité de la presse considérait  Aube dorée comme un parti normal. J’aimerais citer une femme, Xenia Kounalaki, qui travaille dans un journal de droite mais qui a pris des risques en dénonçant Aube dorée,  ce qui lui a valu des menaces de viol. Elle a été une des premières à s’exprimer sur ce parti – même si elle n’est pas la seule, il y a aussi Dimitris Psarras avec son livre sur Aube dorée (Aube doré: Le livre noir du parti nazi grec, NDR) – et elle n’a pas été soutenue. Il a fallu la mort de Pavlos Fyssas (rappeur grec assassiné en 2013, NDR) pour que des gens qui étaient fréquentables deviennent des nazis dans la presse.

Vous dénoncez la connivence de la police et de la justice…

Il faut tirer son chapeau Nils Muižnieks, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe. Il est venu en Grèce en janvier 2012, au moment où Aube dorée était à son apogée de violences. Il a remonté les brettelles comme jamais personne ne l’avait fait auparavant à un Premier ministre en disant que l’impunité de la police vis-à-vis des attaques racistes, que la lenteur de la justice vis-à-vis des affaires, des dénonciations, des attaques racistes devaient cesser. Il est revenu en 2016 avec deuxième rapport en parlant d’avancements mais que les choses pouvaient encore être améliorées.

Vous avez reçu des menaces pour ce film ?

On a eu des menaces dès la campagne de crowdfunding. Au moment de la Première au festival de Thessalonique j’ai subit une agression. Nous avons aussi reçu des menaces téléphoniques, on a dû changer notre numéro – la dernière en date, c’est via Twitter où on m’a promis une balle dans la tête. Ce sont des gens qui règlent leurs problèmes par la violence, ce n’est donc pas étonnant. Je ne circule plus seule le soir à Athènes car ces gens sont d’une extrême lâcheté, leurs victimes n’ont jamais été des gens de force égale.

Malik Berkati

© j:mag Tous droits réservés

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Rédacteur en chef j:mag

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